L'Autisme

Publié le 30/09/2026

Le mot « autisme » a été créé bien avant que l'on ne parle de trouble spécifique. Il vient du grec ancien autos (αὐτός), qui signifie « soi-même ». Il est inventé en 1911 par le psychiatre suisse Eugen Bleuler. À l'époque, il n'utilise pas ce mot pour désigner l'autisme tel qu'on le connaît aujourd'hui, mais pour décrire un symptôme de la schizophrénie. C’est-à-dire le retrait du patient dans son monde intérieur, soit une perte de contact avec la réalité extérieure. Ce n'est que dans les années 1940 que le terme prend son sens actuel. Ainsi c’est en 1943que le psychiatre américain Leo Kanner reprend le mot de Bleuler pour décrire l'« autisme infantile précoce », tandis qu'en 1944, l'Autrichien Hans Asperger décrit un profil proche, qui donnera plus tard le « syndrome d'Asperger ». Aujourd'hui, ces diagnostics sont regroupés sous l'appellation « trouble du spectre de l'autisme » (DSM-5, 2013).

L'autisme n'est pas une maladie, mais un trouble du neurodéveloppement

Autism, Polina, source Pexels

Les pionniers de la recherche sur l'autisme

La pionnière oubliée : Grounia Soukhareva (1925)

Bien avant les publications américaines et autrichiennes, c'est en Union Soviétique que naît la première description clinique précise. En 1925, la psychiatre Grounia Soukhareva publie des travaux sur des enfants dont elle désigne le trouble comme une "psychopathie schizoïde".

• Une avance de 20 ans : Elle décrit avec une précision étonnante les traits que Kanner et Asperger identifieront bien plus tard : le retrait social, le besoin de solitude, la maladresse motrice et les intérêts très spécifiques.

• Une vision moderne : Contrairement à ses successeurs, elle comprend dès le départ que le trouble est inné et biologique. Elle refuse de culpabiliser les parents et insiste sur l'importance de l'aménagement de l'environnement pour aider ces profils à s'épanouir.

• L'ombre de l'histoire : Ses écrits, publiés en russe puis en allemand, n'ont pas atteint le monde anglophone à cause du contexte géopolitique, laissant le devant de la scène à Kanner et Asperger pendant des décennies.

Leo Kanner (1943)

Basé aux États-Unis, il publie "Autistic Disturbances of Affective Contact". Sa vision : Il observe 11 enfants qui présentent un besoin de solitude et une "immuabilité" (rejet du changement).

L'autisme de Kanner : On l'a longtemps appelé "autisme infantile précoce". Il décrivait des cas souvent associés à une absence de langage ou à des retards de développement marqués.

L'ombre au tableau : Kanner a malheureusement ouvert la voie à la théorie culpabilisante de la "mère réfrigérante", suggérant que l'autisme résultait d'une froideur émotionnelle des parents (théorie totalement réfutée par la science moderne depuis les années 60-70).

Hans Asperger (1944)

Basé à Vienne, il publie "Die 'Autistischen Psychopathen' im Kindesalter".

Sa vision : Il décrit des enfants qu'il appelle les "Petits Professeurs". Contrairement à ceux de Kanner, ces enfants ont un langage très soutenu, une intelligence normale ou supérieure, mais des difficultés d'interaction sociale majeures et des intérêts obsessionnels.

L'autisme de Niveau 1 : C'est ici que naît la description du profil que l'on a nommé "Syndrome d'Asperger" par la suite.

Redécouverte : Ses travaux, écrits en allemand, sont restés méconnus dans le monde anglophone jusqu'à ce qu'ils soient traduits et popularisés dans les années 1980.

Lorna Wing (1981) et le spectre de l'autisme

Si Kanner et Asperger sont les fondateurs, c'est la chercheuse britannique Lorna Wing qui a révolutionné le domaine. La Triade de Wing, qu’elle a formulé à la fin des années 70, est le socle qui a permis de passer d'une vision "binaire" de l'autisme (on l'est ou on ne l'est pas) à une vision de spectre. Elle a compris que, peu importe le niveau d'intelligence ou de langage, tous les individus autistes partagent des difficultés communes dans trois domaines interconnectés.

  • Le concept de "Spectre" : C'est elle qui, en 1981, introduit le terme de "Syndrome d'Asperger" pour honorer les travaux de Hans Asperger.

  • La Triade de Wing : Elle propose que l'autisme n'est pas une catégorie rigide, mais un continuum (un spectre) touchant trois domaines :

  1. La communication sociale : Difficulté dans l'utilisation pragmatique du langage (échanges, second degré, prosodie), même si la parole est fluide.

  2. L'interaction sociale : C'est la manière dont la personne entre en contact avec autrui et gère les relations (réciprocité sociale, décodage des codes sociaux, du langage non verbal, émotions d'autrui... ).

  3. Centres d'intérêt restreints et les conduites répétitives : Comportements stéréotypés, résistance aux changements et intérêts restreints.

L'évolution : De la Triade à la Dyade

Il est intéressant de noter que dans les versions les plus récentes des manuels (DSM-5), la science a fusionné les deux premiers points. On ne parle plus de "triade" mais de dyade (deux domaines) :

  • La communication et l'interaction sociale (réunies car elles sont indissociables).

  • Le caractère restreint et répétitif des comportements (incluant désormais les particularités sensorielles).

Le concept de Lorna Wing a permis de comprendre que l'autisme n'est pas une "maladie" dont on guérit, mais un profil de développement. Si un pilier est touché, les autres le sont aussi, mais l'intensité varie d'une personne à l'autre, créant ainsi la diversité infinie du spectre.

Quelques livres sur l'autisme

- Je suis né un jour bleu, Daniel Tammet
- Ma vie d'autiste, Temple Grandin
- Dans ta bulle ! : Les autistes ont la parole : écoutons-les !, Julie Dachez
- Différence invisible, Julie Dachez & Mademoiselle Caroline
- Le syndrome d’Asperger, Tony Attwood
- Vous êtes autiste ? Moi, aussi !, Caroline Péchoux
- C’est l’histoire d’un mec asperger, Mathieu Beaulieu
- Bienvenue dans mon monde, Paul El Kharrat
- La sentinelle qu'on ne relève jamais, Dalie Farah